Maroc, terre d’accueil

Maroc, terre de différences et de nouvelles cultures. En recherche de dépaysement, je suis ravie de devoir manger avec la main droite les tagines aux saveurs esquisses (très conviviale, j’adore), mais moins ravie de me servir de la main gauche pour l’hygiène (plus difficile à prendre plaisir, mais passage oblige). Cette escale au Maroc est une aubaine et il me hâte d’aller rencontrer le peuple marocain … et je ne suis pas déçu !!!

L’accueil ne se fait pas attendre et mon premier chauffeur marocain me propose
spontanément l’hébergement. Il est encore très tôt mais tant pis pour les kilomètres, j’accepte avec plaisir son invitation. Mohammed vit avec ses parents à une vingtaine de kilomètres de Taroudant. Je suis reçu chez lui avec un excellent tagine préparé par sa mère. Ce que j’admire, c’est la simplicité de l’échange. Nous communiquons tout simplement et avec une large ouverture d’esprit bien que nous soyons issues de deux mondes différents, deux religions différentes, deux modes de vie différentes. Nous apprenons à nous découvrir l’un et l’autre. Je prends plaisir à d’écrire mon projet à Mohammed et Ismael, son meilleur ami.

Comme électron libre, je commence à comprendre que je suis un porteur de rêve et d’espoir dans l’imaginaire des personnes rencontrées.

Le lendemain, après 40 minutes d’attente, un van s’arrête. Le chauffeur et les passagers ne parlent pas français et je ne parle pas arabe mais j’essaie de leur faire comprendre que je fais du stop. Une fois à l’intérieur, je réalise qu’il s’agit en fait d’un taxi. Les gens y montent et descendent en payant l’homme assis devant moi. Un climat d’incertitude commence à m’envahir intérieurement. Vais-je devoir payer ma course ? Je sors mon album photo et le montre à cet homme. Très vite je comprends qu’ils sont impressionnés par mon projet et j’entends le mot autostop revenir régulièrement dans leurs conversations. Malgré tout je ne suis pas tranquille et je redoute le moment de l’arrivée quand ils vont me demander de payer. Le moment de descendre du taxi arrive mais mise à part des « au revoir » très chaleureux, je n’ai pas à mettre la main à la poche. J’ai ainsi la chance de ne pas anéantir mon rêve de faire le tour du monde en stop. Je suis soulagé de ne pas être entré en conflit et je réalise soudain que mon album photos peut me sortir de problèmes. L’expérience du van-taxi-stop au Maroc aura lieu 5 fois au cours de ce voyage. De même je rencontre Aziz qui m’invite chez lui pour le tagine. Enfin, 11 voitures plus loin, j’arrive à Ait Benhaddou.
Dans le restaurant où je m’étais posé pour récupérer le wifi j’entame une conversation avec Mustapha. J’avais prévu de dormir dans mon hamac dans l’oasis, mais il me propose l’hébergement pour la nuit et son patron lui donne sa soirée. Sur le chemin de la maison de sa famille, il m’explique qu’il vient de sortir de quatre années de prison, et pour cause, il s’avère qu’il a enlevé la vie d’un homme. J’ai le sang qui se glace dans mes veines et bien que ce ne soit pas la première fois que je rencontre quelqu’un comme ça, cela n’est jamais très rassurant au premier abord. Par la suite, il m’explique avoir été agressé et avoir eu recours à la légitime défense. Cependant, il s’estime chanceux car au Maroc les peines peuvent aller jusqu’à dix années de prison dans ce genre de situation. Malgré tout, j’ai peine à croire qu’un homme aussi doux et généreux que lui a pu tuer un de ses semblables.

Nous passons la soirée avec ses amis dans une des boutiques du bazar qui doit faire environ vingt mètres carrés. Nous sommes 4, puis 7 et enfin 10 à se retrouver là. Dans ce lieu, je découvre la culture berbère. Je suis envoûté par le son de la guitare et des percussions qui se joignent aux différents chants et qui se mêlent aux odeurs du tagine mijotant doucement dans le coin de la pièce ainsi qu’à celles des parfums voluptueux de hachich. Après cette période de communion musicale, le tagine est servi et dix mains se jettent dessus pour en savourer chaque morceau. Je suis conquis par l’esprit de convivialité, de partage et de solidarité dans cette partie du monde.

Le lendemain, je prends congé des parents de Mustapha pour aller visiter la Kasbah. Je m’en vais le cœur léger tout en apercevant mes hôtes venues me saluer sur le coin de la porte. J’ai été reçu avec beaucoup de simplicité et d’amour bien que je sois un total étranger. Nous avons tant à apprendre de leur culture et j’espère qu’un jour l’Europe en fera de même pour les voyageurs de passages. Je suis heureux, l’ivresse du voyage est bel et bien là !!!


Je visite cette vieille Kasbah où les touristes se mêlent aux différents guides et marchands. Je comprends que je suis bel et bien dans un site du Patrimoine Mondial de l’UNESCO. La cité est charmante et je prends plaisir à déambuler dans ces petites ruelles de terre rouge où autrefois les caravanes y faisaient escale.

Une fois la visite terminée, je retourne passer un peu de temps avec Mustapha avant de
rejoindre Mohammed (guide local et ami) qui me donne toutes les indications pour trouver des nomades dans l’Atlas, et plus précisément dans les Georges de Dades. Ma décision est prise et je m’y rendrai demain, en attendant, j’accepte leur invitation à rester et je repasse une nuit enchantée dans ce lieu si magique.

Arrivé dans les gorges, je m’en vais à la rencontre des nomades (voir l’article : rencontre
avec les nomades berbères), puis je redescends de la montagne en compagnie de Mohammed. J’accepte son invitation pour la nuit et nous marchons en direction du village. En chemin, nous nous arrêtons dans un bâtiment en construction pour y prendre le thé avec les travailleurs et par la même occasion nous réchauffer autour d’un feu. Les prévisions pour la nuit ne sont pas bonnes et de la neige est annoncée.
Une fois arrivé chez Mohammed, je patiente dans le salon pendant plus d’une heure. Puis, je dois partir car dans la pièce voisine sa femme est en train de donner la vie. J’entends impuissant les pleurs et les douleurs. Je suis finalement accueilli chez Aziz, ami de Mohammed, où je peux me reposer. Le jour suivant, Mohammed m’apprend qu’il a eu une petite fille et que sa femme se porte bien.

Je reprends la route vers Merzouga pour y rejoindre Gerald et nous lancer à l’assaut des
dunes. Sur le chemin, alors que je me trouve coincé sur une petite route, je discute avec deux locaux et je prends le temps de leur montrer mes photos. Sans que je m’en rende compte, ils ont arrêté une mobylette et m’ont ainsi trouvé ma prochaine dépose avec Slimane. En cours de route ce dernier a la gentillesse de m’inviter en chez sa tante pour y déguster une pizza et un whiskey berbère. Cependant, la journée de stop ne suffit pas et je me retrouve de nouveau coincé à 30 kilomètres de Merzouga. Je décide de passer la nuit dans la palmeraie malgré les propositions d’hébergements reçues.

Une fois sur place et Gerald retrouvé, nous nous lançons dans les dunes afin d’y rencontrer les nomades vivant de l’autre côté. Déception !!! Ces nomades sont ce que le jour est à la nuit car il ne s’agit que d’une attraction touristique avec des échanges qui se monnaient à coup de dirhams. Qu’importe, la région est belle et nous décidons d’avancer en direction de la frontière algérienne située à 20 km de là. Alors que la nuit tombe, il nous reste encore 5 km. Nous décidons de faire demi-tour pour aller dormir dans un bivouac de tourisme que nous avions repéré le matin et qui est fermé en cette saison, mais nous comptons bien y passer la nuit. Cependant, se diriger la nuit dans le désert ne s’avère pas être une mince affaire. Il nous a fallu plus de deux heures à longer les dunes pour enfin retrouver la piste de ce bivouac où nous espérons avoir un lit.

Alors que nous cherchons notre chemin, une voiture s’approche dans la nuit. Il s’agit de
Mustapha et de ses amis qui tiennent le bivouac voisin. Ayant aperçu le faisceau de la lampe frontale, ils sont venus à notre rencontre pour nous proposer l’hébergement pour notre plus grand plaisir, après plus de douze heures de marche synonyme de muscles meurtries. Nous passons la soirée avec eux puis nous nous écroulons de fatigue, enroulés dans des couvertures bien chaudes, mais surtout heureux d’éviter le froid glaciale des dunes qui rythme les nuits du désert.
Le lendemain, nous aidons nos hôtes à préparer le camp pour la venue des clients puis nous repartons en direction de la ville. Je me remets en route vers Agadir et bats mon record de kilomètres en une journée de stop avec 94 kilomètres parcourus. Un bien faible ratio mais qui s’explique par la fête de Laid et le peu de trafic presque inexistant sur les routes.
Heureusement, les jours se suivent mais ne se ressemblent pas et je parviens à faire les 650 kilomètres restant le lendemain, en grande partie grâce à Malek et Lou avec leur camion à bord duquel j’assiste impuissant à une scène de corruption avec la police. Ainsi, je rejoins Agadir à temps juste avant le départ prévu 12 heures plus tard pour Las Palmas et les Canaries.
Une chose est certaine, je ne pourrai oublier l’accueil marocain et en particulier les berbères.
Je rêve d’un monde où malgré les différences apparentes, nous nous faisons confiance avec cette même facilité que j’ai pu expérimenter dans ces contrées aussi belles que la chaleur de ses habitants.

Jour 47, 58 chauffeurs, 4028km, 1 voilier, 600 miles nautiques.

“Travel the world on the cheap”

 

Morocco, Land of Hospitality

Morocco, land of differences and new cultures. Looking for changes, I am enthusiastic to discover how to eat with my right hand the tagines and divers’ meals (very nice, I am a fan), but less excited to have to use my left hand for hygienic purposes (more difficult to find pleasure doing it but had to do it). This stop in Morocco is a gift and I am looking forward to meeting Moroccan people and I am not disappointed.

The hospitality does not take long to arrive, and my first Moroccan driver offer me spontaneously to stay at his place for the night. It stills very early but never mind the kilometres, I accept his invitation. Mohammed lives 20km away from Taroudant with his parents. I am welcoming with an excellent (first of many) tagine prepared by his mother. What I admire is how easy is the exchange. We communicate simply, open minded even though we come from two opposite word, opposite religions and way of life. We discover and learn from each other. I take pleasure describing my project to Mohammed and Ismael, his best friend. As a free electron, I start to realise that I am a vector of dream and hope in the minds of people I meet.

The next day, after 40 waiting, a van finally stops. They do not speak French and I do not speak Arabic but I try to make them understand that I am hitchhiking my way. When inside, I realise that it is actually a taxi. People get in and out paying the man seating in front of me. I am feeling under pressure. Will I have to pay my ride? I took out my photo album and show it to the guy and understand that he is impressed by what I do and the world “autostop” (hitchhiking) come back in their conversations. I still not quiet and fear the worst when we will arrive, and they will ask me to pay. The time finally comes and except a warm goodbye, I do not have to pay anything, which would have destroyed my dream to hitchhike the world. I am feeling relieved to avoid a conflict and realise that my photo album can get me out of troubles. The van taxi experience will happen five more times during this trip. Eleven cars later, including a lift with Aziz that invite me to his home for a tagine, I finally arrive in Ait Benhaddou.

While I was considering spending the night in my hammock in the oasis, I start chatting with Mustapha in the restaurant I was in to get the wifi. He offers me to stay at his place tonight and his boss allow him to take the night off. On the way back to his family house, he explains me that he just went out of four years in jail, and I discover that he has taken the life of a man. I am surprised even though it is not the first time I meet someone like this, it is not very reassuring. He then explains me that he has been attacked and defended himself. He considers himself lucky as in Morocco, the sentences are usually ten years in those situations. I have some difficulties to believe that a man as kind and generous as him could take away someone’s life.

We spend the evening with his friends in one of the shop that is approximatively twenty square meters. We are four, then seven and finally ten to be there. Here I discover the Berber culture and feel witched by the sound of the guitar joined by the various songs and associate with the smell of the tagine that is slowly cooking in the corner of the room and the hashish parfum that is floating around us. After this musical experience, the tagine is set in the middle and ten hands go for it to eat each pieces of the dish. I am conquered by the conviviality, sharing and solidarity spirit of this part of the world.

The next day, after saying goodbye to Mustapha’s parents, I go to visit the Kasbah. I feel grateful seeing my host waiting in front of their door to say goodbye. I have been welcomed with simplicity and love even though I am a total stranger for this family. We have a lot to learn from this culture and I hope that one day, Europe will do the same for each traveller that come by. I am happy, and the excitation of the trip is there.

I visit this old Kasbah where tourists are mixed with various guides and merchants. I understand that I am in an UNESCO site. The city is charming, and I take pleasure to lose myself in those small streets made with red soil where formerly caravans made stop.

When done, I come back to spend a bit of time with Mustapha before going to meet with Mohammed, a local guide that I made the day before. He gave me all the indications to find nomads in the Atlas mountains, and especially in the Georges de Dades. I took my decision and will go there tomorrow, but in the meantime I accept the invitation of my new friends to stay and enjoy another  night in this wonderland.

Arrived in the valley, I go and meet the nomads, and then go down the mountain with Mohammed. I accept his invitation for the night and we walk towards the village together. On the way, we stop in a construction building to take a tea with the workers and getting warmer around the fire. The forecast for the night is not good and the snow should soon appears.

When arrived at Mohammed’s, I have to wait in the living room for more than an hour and I am invited to leave the house. The reason is quite simple, his wife is located next door and giving birth. I heard for more than an hour the cries of pain and feel useless. Aziz, Mohammed’s friend, will finally be my host for the night and I can finally rest. The next day, I see Mohammed and receive the good new that it is a wee girl and his wife is okay.

I go back on the road to go to Merzouga and meet Gerald to go to the desert. On my way, as I was stocked on a small road, I take the time to discuss with locals and show them some pictures. Without noticing it, they have stopped a motorcycle and found me my next lift with Slimane that have the kindness to invite me on the way to his family for a berber whiskey. However, the day is not enough to get to destination and I decide to spend the night in a palm grove, 30km from my destination, despite the different hospitality offers I received.

When finally arrived, I meet with Gerald and we go towards the dunes to attempt to meet the nomads that are located on the other side. Deception. Those nomads are what the day is for the night and are basically a tourist trap where the exchange is bought with dirhams. It doesn’t matter, the area is beautiful and we decide to walk towards the Algerian border located 20km from where we are. But when the sun is going down, we still 5km away from it and decide to turn back to go and sleep in a bivouac we saw in the morning and that is closed for the season with the intention to get inside and sleep there. However, oriented yourself by night in the desert is not something easy and it takes us more than two hours alongside the dunes to find back the tourist bivouac where we hope to find our way to our promised beds.

While we are looking for our way, a car is getting closer. This is Mustapha and his friends that oversee the next bivouac. They have seen the light and came to us to offer us hospitality for the night for our greatest pleasure after more than 12 hours trek. We spend the night we them and fall tired in our warm covers, happy to avoid the cold outside that rhythms the nights in the desert.

The next day, we are helping our hosts to set up the camp for the tourists that are supposed to arrive today and go back our way to the city. I start my way back towards Agadir and break my hitchhiking record for one day with… 94 kilometres done. A weak ratio but that can be explained by Laid and the low traffic, to not say no traffic that day. Thankfully, tomorrow is another day and I manage to do the 650 kilometres left, thanks to Malek and Lou that gave me a 500km lift in their truck.  I witness the Moroccan corruption on the way with the Police and get back to Agadir on time before the departure planned 12 hours afterwards to get to Las Palmas in the Canaries.

I am convinced of one thing, I will never forget the Moroccan hospitality and especially the Berbers, and I am more than ever dreaming of a world where despite our differences, we trust each other’s with the same easiness that I have experienced in those landscapes that are as pretty as the warm of Moroccan hearts.

Day 47, 58 drivers, 4028km, 1 sailing boat, 600 nautical miles.

“Travel the world on the cheap”

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