Traversée Canaries – Cap Vert

Article translated in English below 🙂

Départ le 7 janvier 2019 pour le Cap vert. Le jour est enfin venu de se lancer à l’assaut de l’Atlantique ! Sous des vents d’une vingtaine de nœuds, nous quittons l’archipel espagnol pour le Sud. Nos compagnons ressentent les méfaits de la mer ; Anna et moi sommes épargnés suite au pouvoir magique du patch collé derrière l’oreille ! L’étendue bleue est agitée et elle se présente enfin devant nous, nous envoûtant d’un sentiment de bonheur et de plénitude. Madame la matelote semble plutôt surprise par la noirceur des vagues donnant ainsi à l’océan un coté effrayant, cela lui procure un léger vent de panique qu’elle ne montrera en aucun cas, en envoyant à son cerveau que des ondes positives. Bien que l’idée de passer une dizaine de jours au milieu des vagues et autres remous dans un espace restreint en ferait pâlir plus d’un, nous sommes néanmoins tous excités à l’idée d’y retourner. Impatients de revoir nos chers amis que sont le soleil aux couleurs orangées magnifiques, la lune au sourire d’Alice au Pays des Merveilles et les milliers d’étoiles scintillantes dans le ciel noir comme on ne pourrait l’apercevoir à terre.

Une traversée de l’Atlantique se résume à beaucoup de rêves et contes d’aventures  que nous avons tous eu l’occasion de connaître ; que ce soit les pirates de notre enfance ou les cours d’histoire narrant le  parcours des premiers explorateurs tel Christophe Colomb. Seul, au milieu de cette prison bleutée, il est difficile de ne pas s’imaginer être l’un d’entre eux à notre époque, avançant à la merci du vent et autres éléments naturels.

 

Plus imagé, l’amour de la mer procure les mêmes sensations qu’une relation amoureuse. D’abord, tu te laisses bercer dans les bras de l’océan et tu te perds en contemplant la douceur et les mouvements de houle. Puis, tu observes chaque détail, tu ressens son affection et tu souhaites lui rendre en retour. Cependant tout comme une relation, il s’ensuit parfois des moments tumultueux auquel il faut faire face malgré la fatigue. Les heures de tendresses se changent en périodes colériques, la houle se transforme en grandes et grosses vagues qui te remuent le cœur et te nouent l’estomac. Tu essayes de comprendre, tu te bats, tu t’accroches et tu finis par accepter ces interfaces difficiles pour en apprécier tous les attraits. En aimant cet être si singulier, tu apprends à en apprécier ses irrégularités.

 

Comment ne pas se sentir impuissant face à ce décor bleu. Le quart de nuit remet en perspective ses propres idéaux sur l’Homme, confortant l’idée que nous ne sommes qu’une petite  goutte d’eau dans un vaste océan, qu’un minime élément du monde qui nous entoure ! Sous nos pieds, 4000 mètres de fond ! Au-dessus, je ne sais combien de milliards de kilomètres pour atteindre chaque étoile et son système.  A bâbord, le Sahara, bien trop éloigné  pour obtenir un grain de sable mais dont les vents chauds viennent nous caresser le visage. Et à l’intérieur du puzzle, il y a nous ! Ici, pas de semblables à 400km à la ronde, uniquement quatre compagnons de voyage naviguant sur un Feeling 1100 de 11m de long.

 

A mi-chemin, à 200 km des côtes mauritaniennes, le vent chute et nous avançons en dessous de 2 nœuds. C’est tellement spartiate que les pavillons français et cap-verdien ne flottent plus, préférant rester pointe en bas, collés aux bouts qui les maintiennent. Les quarts ne sont que perturbés par les clapotis des vagues contre la coque. La chaleur venant des terres se fait ressentir de plus en plus. «Help ! Capitaine par-dessus bord !! » Aussitôt, Mousse Matthieu part à sa rescousse tête la première dans l’océan !! Pas de panique, nous profitons juste des conditions climatiques pour nous distraire à la traîne du bateau. En effet, nous décidons d’allier l’utile à l’agréable en se shampouinant entre 2 plongeons de luxe, avec plus de 4000m de fond sous nos orteils. Puis, Brice de Nice essaie une tentative de glisse à l’arrière du bateau, accroché avec le harnais et un bout de sécurité. Cependant, même avec la Pétole, le voilier avance encore trop vite pour lui et le mode surf au milieu de l’océan s’avère être un échec.

 

Cette même nuit, nous sommes perturbés vers 23 heures, lorsque sur le cockpit, de l’agitation se fait entendre. A peine sur le pont, un calamar de près d’un mètre vient nous rendre visite. Cela bouleverse le sommeil d’Anna, qui dans sa cabine, voit à travers le hublot, agoniser notre visiteur. Un petit sifflement de survie, les tentacules qui s’emmêlent et effleurent lentement la vitre, et pour finir le bruit du couteau sur la planche à découper…Cette grosse masse blanche de 5 kg  la motive à devenir végétarienne à l’instant présent. Toute la nuit, elle ne verra que des yeux d’animaux prêt à donner leur vie uniquement pour le plaisir de l’homme.

Mercredi 9 janvier 2019

Faire des quarts de nuit à deux ce n’est  pas toujours évidents surtout lorsque ce moment est l’unique temps que l’on a pour être coupé du monde, dans sa bulle, face à soi-même. Sujet  conflictuel, cependant il y a eu de beaux moments de partages pendant cette période et quelques épisodes mythiques à ne pas oublier tels que « faire un concours d’étoiles filantes et comètes, compter les étoiles de mer (planctons) pour s’endormir à la place des  moutons sur terre », « ne pas se fier à la lune qui tourne en rond, normal elle est dans la lune !».

Et le fameux : parfois on se « l’écaille » et on en rit !

Emmitouflés dans leurs sacs de couchage, bonnet et lampe frontale sur la tête, Anna et Capitaine surveillent les cargos qui font l’aller-retour Las palmas – Cap vert. Ce sont des machines de guerre de 240 mètres de long et 45 mètres de large. Au matin, je découvre également le nouvel oreiller jaune du Capitaine.  Pendant nos quarts, nous sommes toujours accrochés par nos gilets de sauvetage, Capitaine Bernard a décidé de jouer avec un  pour tester son efficacité. Au moment de se lever pour descendre dans la carré, la tirette reste accrochée entre deux lames de pont envoyant ainsi l’air pour gonfler le gilet de survie. Tel un bibendum aux joues gonflées d’un hamster et petits yeux, il ne pouvait y avoir qu’éclats de rire et photo souvenir en retour.

sourireaumonde - arrivée cap vert

Le 15 janvier 2019, après 8 jours de navigation, nous voyons à nouveau les guirlandes humaines délimitant les îles et nous mettons pied à  Cap Vert. Ce jour-là, c’est Anna qui a l’honneur de tenir la barre jusqu’à l’arrivée ! Un  peu stressée et nerveuse à son tour (le premier étant Capitaine pendant son quart et ayant échappé de peu à 2 plouf dans l’eau) mais pas plus stupide qu’un autre, elle maîtrise la situation comme il se doit ! Vérifier la profondeur, passer derrière une dizaine de bateaux au mouillage, contourner les bouées et éviter les pêcheurs ! Déjà nos yeux prennent des clichés de cartes postales avec les cormorans se dorant au soleil sur l’avant de barques de pêcheurs. Une fois amarrés au port, nous effectuons aussitôt les formalités d’entrée sur le territoire. En attendant que les douanes reprennent leurs services à 14 heures (différents pays, même combat), nous nous dirigeons au bar de la marina pour siroter notre première pression bien fraîche, le rituel, la récompense !

 

Nous nous extirpons du bateau pour visiter Sao Vicente et nous commençons par Mindelo et les fortifications côtières, derniers témoins des guerres sur cet ancien territoire portugais. Le jour suivant, nous prenons la direction des montagnes derrière la ville, nous traversons les quartiers populaires pour nous rendre sur une route en construction reliant Mindelo à Salamansa. Sur cette route défoncée, encore à l’état de terre et cailloux, un seul camion de chantier passe. On lève le pouce pour le fun, il nous embarque ! Nous nous retrouvons ainsi entassé à quatre sur la banquette avant et découvrons aussitôt un bel accueil cap-verdien. Quelques kilomètres plus loin, ils nous déposent au pied d’un sentier, celui-ci traversant cols et dunes en direction du village de Salamansa. Loin des places touristiques, nous nous imprégnions du réel mode de vie des locaux. Nous découvrons l’unique point social qui n’est autre que la fontaine du village: seul point d’eau potable où l’on peut remplir ses bidons  du précieux liquide contre quelques billets. Par la suite nous apprendrons que l’eau est un vrai problème sur l’île. En effet, le pays se voit contraint de vendre ses droits de pêche territoriaux aux japonais et chinois (pêche intensive ne l’oublions pas) en échange de désanalisateurs  et terrains de football synthétique dernier cris, pour subvenir au besoin de l’archipel. Alors que nous nous promenons dans  les deux ruelles principales, deux locaux nous dévisagent,  nous rendant à  la fois mal à l’aise mais  nous prévenant ainsi de ne pas tarder dans les environs, par crainte de se faire dépouiller. Nos têtes de bisounours doivent montrer nos quelques billets de banque en poche, qui leur permettraient d’améliorer légèrement leurs conditions de vie. Habitués à voyager l’un comme l’autre, nous leur faisons face en ne montrant aucun signe de peur, mais ne traînons pas la patte dans ce quartier et rejoignons rapidement une rue plus peuplée.

 

A la sortie du village, nous apercevons une voiture de location, probablement la seule dans ces lieux. Nous ne manquons évidemment pas de l’arrêter pour une dépose à Mindelo. Ils nous font la visite en même temps, direction l’autre côté de l’île pour une baignade bien fraîche dans une eau translucide. Au loin, nous apercevons quelques bateaux de pêche qui reviennent, après certainement une longue et dure journée de labeur, pour retrouver la côte et leur famille. Enfin, de retour au Café Royal de Mindelo pour avoir ce sacré wifi, nous avons le plaisir d’apprendre que Matthieu va devenir tonton pour la première fois ! Ça mérite bien un Bailey et un Whisky !

 

Le lendemain matin, nous quittons le Murier pour rejoindre le reste de l’équipage, et nous  retrouvons un Capitaine très remonté. Alors que nous avons passé 48 heures de folie à découvrir les paysages et les habitants de cette île, lui et Gerald sont sortis les nuits précédentes pour déguster le fameux rhum local. « Le rhum rend fou » disent beaucoup de gens ! Effectivement, le résultat est là, Capitaine s’est fait voler près de 400 euros et Gerald a perdu sa carte bancaire. Ce dernier est lucide et pragmatique quant aux raisons qui ont mené à cette perte. Le premier le sera beaucoup moins et s’en prendra malheureusement à notre pays d’accueil 😉

 

Crossing Canary Islands – Cape Verde

 

Departure on the 7th of January to Cape Verde. The day has finally come to face the Atlantic! Under 20 knots wind, we leave the Spanish archipelago towards the south. Our mates felt the movements of the sea where Anna and I are feeling well thanks to the magic power of the patch behind our ears.! The wild and agitated blue is standing up in front of us, and a feeling of lightness and happiness is taking our minds. Miss deckhand seems to be surprised by the darkness of the waves, giving a dark side to the ocean, and getting a wee bit scared. She will not show any anything, sending to her brain some positive thoughts to keep going. Even if the idea to spend 10 days in the middle of waves in a small place will get sick most of the people, we all are excited to go back! Looking forward to seeing again our friends that are the sun, the moon and the stars.

An Atlantic crossing brings a lot of dream and adventure stories that we all had the opportunity to hear. From some pirates stories of our childhood to the history lesson telling the first adventurer path such as Colombus. Alone in the middle of this blue prison, it is difficult to not imagine ourselves like one of them. Going on an adventure to the mercy of the wind and other elements.

To be more precise, the love of the sea brings the same sensations as a relationship. First, you let yourself go into her arms and you lose yourself contemplating the smoothness and the waves movements. Then you observe each moment, feel her affection and wish to give back as much as you can. However, as in each relation, you got sometimes some storms that you have to face even though you are exhausted. The hours of kindness becomes stormy, the waves increase in high and your heart and stomach feel it. You try to understand, you fight, you hold yourself and finally accept those moments to appreciate each part of it. By loving this so singular being, you learn to appreciate everything of it.

How not to feel useless in front of this blue scenery. The night watch put back to perspective your ideas about Men, confronting the idea that we are only a small drop in a wide ocean. A small element of the world surrounding us! Under our feet, 4000 metres deep! Above our heads, I don’t know how many billions of kilometres to reach each star and its system. On portside, the Sahara desert, way too far to see it, but that we can feel with its warm breeze on our chicks during the day. And in the middle of this painting, there is us! Here, none of our species for 400k around us. Only four travellers sailing on a 33ft long Feeling 1100.

Half way, about 200 km from the Mauritanian coast, the wind drop down and we are going under 2 knots. So slowly than the French and Cape Verdian flags are not floating anymore, willing to stay the nose down, stocked to the rope. The watches are only disturbed by the small waves under the hull and the warm coming from the land is more and more present.

“Help! Captain over board!!” Crew Matt is following him!! No need to panic, we enjoy those conditions to distract ourselves behind the boat. We even decide to use some shampoo between two dive with 4000 meters deep below us. We try an attempt of “boat-surf”, with a harness and a rope as safety. However it turns out to be a massive fail.

This exact same night, we are disturbed around 11pm when, on the cockpit, we can hear some agitation. A 1 meter calamar came to say hello. This disturb Anna’s sleep who, in her cabine, see this creature dying through the window. Wee whistling of survivor, tentacles against the window and going down slowly, knife noise over the cutting wood… This massive 5kg sea creature motivates her to become vegetarian straight away. All night, she will only see the animal eyes that give their life only for Man pleasure.

Wednesday, 9th January

Doing night watches with someone isn’t always easy. Especially when this time is supposed to be the only one where you are cut from the world and in your bubble. Conflictual subject. However, there are some good sharing times with some mythic moment to not forget: “to a contest of flying stars and comets, counting planktons to fall asleep instead of sheep”, “Do not trust the moon that turns around, normal, she is in the moon”.

Well settle inside the sleeping bag, hat and front light on the head, Anna and Captain watch out for cargos that make the round trip Las Palmas – Cape Verde. Some war machines of 240 meters long for 45 meters wide. At sunrise, I also discover the new yellow pillow of Captain. Always attached to our life jacket during the night watches, Bernard decided to play with it to test its efficiency. When he tried to stand up to go inside, it stayed stock to the wooden seat and started inflating. Looking like a Bibendum with inflated face like a hamster, it couldn’t be funnier and the souvenir picture was perfect.

sourireaumonde - arrivée cap vert

On January 15th 2019, after 8 day at sea, we finally see again the Christmas decorations delimitating the islands and we set foot on Cape Verde. That day, Anna has the honour to steer until the port! A bit stressed and nervous after others (first one being Captain, that almost fell over-board twice during his watch). But she manages the situation pretty well! Checking the depth, going behind ten other boats anchoring, and avoiding fishermen! Already our eyes can enjoy the postcard view with some bird resting on the fishermen boats. Docked, we are going to complete the formalities to access the territory. Waiting that the customs come back from their lunch-break (different country, same fight), we are going to enjoy the traditional drink at the marina!

We are leaving the boat to go and explore Sao Vicente, and start with Mindelo and the fortifications on the coast, witnessing of the war on this previous Portuguese territory. The next day, we are heading towards the mountains behind the city. We go through the popular areas of the town to get to a road that is currently on work to connect Mindelo to Salamansa. On this broken path, that still rocky and sandy, only one truck is going. Thumbs up, we stop it and get in! We are 4 people packed in it and discover the nice welcoming of this country. A few kilometers later, they drop us near to a path. That ne is going through the mountains and dunes towards Salamansa. Far from touristic places, we discover there how locals live. We discover that the main social point of the village is the fountain. We learn then that water is a massive problem on those islands and that the Government has to sell their fishing rights to the Japanese and Chinese against some water-makers and synthetic football pitches.

While we are walking around the main streets, two men look at us, putting ourselves in a uncomfortable situations and their eyes tell us that it is best to not stay around as they are waiting sunset to steal the few notes we have with us. Used to travel, we face them to not show any signs of worries, but we do not waste time to get to another street with more people.

As we are heading towards the city exit, we see a rental car (probably the only one around) and do not miss the opportunity to stop it for a lift towards Mindelo. We enjoy the visit at the same time and head towards the other end of the island for a swim in a translucid water.

Back to Café Royal in Mindelo to get access to Wi-Fi, we have the pleasure to learn that that Matthieu will become an uncle for the first time! It deserves a Bailay and a Whiskey!

The next morning. We leave to go and meet the rest of the crew, and meet an angry Captain. While we spent 48 amazing hours on the island, Gerald and himself went out on the nights to enjoy the local rhum. “Rhum gets crazy” a lot of people say! They are right. The result is simple. Captain got robbed of 400 euros while Gerald lost is credit card. The last one is down to heart regarding the reasons that brought them to this situation. The second one doesn’t and will unfortunately blame our stop-over country. 😉

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